Fret d'hiver
Ce mois-ci, l’Europe trace une vision ambitieuse avec son plan pour la grande vitesse, visant à créer d’ici 2040 un réseau transfrontalier interconnecté et ultra-rapide, soutenu par jusqu’à 546 milliards d’euros d’investissements, une billetterie unifiée et la suppression des goulets d’étranglement. De son côté, le fret ferroviaire continue de se structurer comme un levier stratégique pour la mobilité durable, avec des projets innovants en Allemagne, en Occitanie et dans le cadre du corridor euro-marocain, permettant de réduire le trafic routier et les émissions de CO₂ tout en renforçant la compétitivité logistique européenne.
L’ouverture à la concurrence, elle, subit un coup de froid, après qu’un rapport du cabinet 3E Consultants s’oppose aux précédents et la dénonce comme source d’augmentation des prix, d’atrophie de l’offre et de dumping social.
L'actu de ce numéro
Dossiers
- Ce qu’il faut attendre du plan européen pour la grande vitesse. La Commission européenne lance un plan d’action pour développer un réseau ferroviaire grande vitesse interconnecté d’ici 2040, avec 345 à 546 milliards d’euros d’investissements pour réduire fortement les temps de trajet entre capitales. Le projet prévoit la suppression des goulets d’étranglement, une stratégie de financement coordonnée, un accès facilité au matériel roulant et une billetterie transfrontalière unifiée.
- Des trains fabriqués en Chine circulent sur les rails autrichiens, une première en Europe… et bientôt en France ? Des trains longue distance chinois de CRRC circulent désormais entre Vienne et Salzbourg, une première en Europe qui suscite l’inquiétude du gouvernement autrichien et des industriels européens. Cette percée reflète la puissance d’un constructeur chinois soutenu par un marché domestique massif, tandis que les fabricants européens peinent à répondre à la demande après avoir réduit leurs capacités.
- Sommet UE – Union africaine : les dirigeants s’engagent à renforcer le multilatéralisme. Lors du sommet, les dirigeants ont insisté sur la nécessité de coopérer collectivement pour garantir la paix et l’ordre international, tout en renforçant les liens stratégiques et économiques entre les deux continents. Le programme Global Gateway, les corridors ferroviaires, la zone de libre-échange africaine, l’énergie verte et la régulation des flux migratoires ont été identifiés comme des priorités concrètes de cette collaboration.
- « Loin d’être une chance, elle constitue une menace »: un rapport met à mal les bienfaits de la concurrence dans les trains français. Même si plusieurs rapports antérieurs — notamment ceux du régulateur des transports — affirmaient que la concurrence ferroviaire faisait baisser les prix et augmentait l’offre, ce nouveau rapport du cabinet 3E Consultants soutient au contraire qu’elle renchérit les billets, fragilise le modèle économique du TGV et dégrade l’organisation des TER. Il conclut que cette ouverture menace la pérennité du système ferroviaire français, en provoquant dumping, saturation des axes rentables et fragmentation coûteuse pour les régions.
L’international
- L’Algérie achève la construction du plus long viaduc ferroviaire d’Afrique. L’Algérie achève le plus long viaduc ferroviaire d’Afrique, un ouvrage de 4,1 km construit par CRCC dans le cadre de la nouvelle ligne de 950 km reliant la mine de Gara Djebilet à Béchar. L’infrastructure, qui permet au train d’enjamber l’Oued Daoura, comprend 117 tabliers soutenus par 116 piles et 1 432 pieux, doit être inaugurée début 2026, en parallèle du lancement de l’exploitation locale du minerai de fer. Voir aussi : L’axe Pékin-Alger : des investissements stratégiques au pouvoir silencieux.
- Pourquoi les trains à grande vitesse n’arrivent pas à s’imposer aux Etats-Unis. Le développement de la grande vitesse ferroviaire aux États-Unis est freiné par l’absence de consensus politique sur un financement public massif, rendant les projets lents, coûteux et souvent dévoyés comme le TGV californien. Malgré une demande réelle, les initiatives restent bloquées par des choix politiques locaux, la dépendance au privé et une vision limitée du rôle de l’État dans les infrastructures.
- L’Espagne prépare la connexion ferroviaire stratégique entre l’Europe et le Maroc. L’Espagne lance les expropriations nécessaires au projet d’Autopista Ferroviaria Algésiras–Zaragoza, un corridor logistique de plus de 500 millions d’euros destiné à adapter la ligne Bobadilla–Algésiras et à transporter des semi-remorques par rail. Cette future liaison, capable d’absorber jusqu’à 360 camions par jour, doit connecter les ports andalous aux centres logistiques européens puis au Maroc, créant un axe ferroviaire euro-marocain stratégique.
- L’Égypte procède aux essais sur son futur réseau national de TGV. L’Égypte démarre les essais techniques de son premier réseau TGV, un programme électrique de près de 2 000 km développé avec Siemens Mobility pour relier ports, capitales régionales et zones touristiques. Composé de TGV Velaro, de trains régionaux Desiro et de locomotives Vectron, ce réseau modernise profondément le transport national et soutient développement économique, sécurité et attractivité du pays.
- L’Allemagne remet le fret sur les rails : une réforme décisive pour les ports et les corridors européens. L’Allemagne mise sur la modernisation de la Deutsche Bahn et DB Cargo pour faire du fret ferroviaire un levier logistique majeur, avec 100 Md€ d’investissements et une réforme de gouvernance visant un accès équitable au réseau. Les opérateurs privés restent prudents, craignant que la réforme ne renforce la position de la DB et que la compétitivité face à la route et l’efficacité des corridors européens n’en pâtisse.
- Fusion d’investisseurs en infrastructures pour un montant de 5,3 milliards de livres sterling : quel est l’intérêt pour le rail ? La fusion de 5,3 milliards £ entre HICL et TRIG créera un fonds d’infrastructure élargi, capable d’accroître ses investissements dans le matériel roulant, la logistique ferroviaire et les technologies associées. La société combinée, dont HICL détiendra 56 %, pourrait devenir un acteur clé du rail britannique, notamment via sa participation dans Cross London Trains et de futurs projets technologiques.
- La voie ferrée construite en secret – jusqu’à Israël. Israël prépare un corridor ferroviaire reliant Haïfa à Abou Dhabi, qui en ferait un hub logistique entre l’Inde, le Golfe et l’Europe, intégrant ports, oléoducs et infrastructures multimodales. Le projet, stratégique pour Israël et les pays du Golfe, reste conditionné par la stabilité régionale et la coopération de l’Arabie saoudite et de la Jordanie, face à des tracés concurrents promus par la France et la Turquie.
- Bruxelles a déjà donné 196 millions au Portugal pour la haute vitesse. La LGV Madrid-Lisbonne est programmée pour 2030 avec un trajet de 5h réduit à 3h d’ici 2034, grâce à la coopération de l’UE, du Portugal et de l’Espagne. La Commission européenne a déjà attribué près de 196 millions d’euros à des projets portugais et 750 millions d’euros ont été investis côté espagnol pour moderniser et construire les tronçons du corridor ferroviaire.
- Moderniser le rail pour relier l’avenir : signature du Programme de Modernisation et de Sécurisation du Transgabonais. Lors de sa visite officielle à Libreville, le président Macron a assisté à la signature du Programme de Modernisation et de Sécurisation du Transgabonais (PMS), visant à fiabiliser et accroître la capacité de la ligne ferroviaire Libreville–Franceville. Financé à 203 millions d’euros par le Gabon, l’AFD et l’UE, ce projet soutient le développement économique et le désenclavement des territoires.
Régions
- Normandie : La région choisit la RATP et écarte la SNCF pour la gestion des TER de Caen. La région Normandie prévoit de confier à RATP Dev l’exploitation de l’étoile ferroviaire de Caen dès 2027, un contrat estimé à 842 millions d’euros, avec une offre augmentée de 70 % en 2028. Cette mise en concurrence imposée par le droit européen fragilise le monopole historique de la SNCF et suscite de fortes critiques syndicales.
- Des trains France-Allemagne ne roulent… qu’en France. Les 30 rames TER commandées en 2019 pour relier le Grand Est à l’Allemagne roulent actuellement uniquement en France en raison de retards de livraison et de non-conformités aux normes allemandes de freinage. Leur mise en service transfrontalière est prévue fin mars 2026, la région envisageant des pénalités financières contre le constructeur CAF.
- Décarbonation des transports: l’Occitanie inaugure l’autoroute ferroviaire Sète-Calais. Le nouveau terminal ferroviaire du port de Sète-Frontignan inaugure une autoroute ferroviaire permettant de transporter 40.000 remorques par an vers Calais, réduisant le trafic routier et les émissions de CO₂. Ce développement s’inscrit dans un réseau national de ferroutage en expansion, malgré des contraintes d’infrastructures et de coûts, avec un focus sur la décarbonation et l’innovation portuaire.
- TER : 65 millions d’euros pour reconstruire cette ligne ferroviaire fermée aux voyageurs depuis 2012. L’Occitanie poursuit ses investissements ferroviaires tandis que collectifs, usagers et cheminots se mobilisent autour des projets de réouverture, notamment celui d’Alès–Bessèges, dont la rénovation à 65 M€ est désormais repoussée à 2028–2030 en raison de normes et procédures toujours plus exigeantes. La Région anticipe 2 200 voyageurs/jour sur cette ligne et prévoit la réouverture de trois gares de la Rive droite du Rhône.
- Rétrofit bioGNV des TER : où en est la région Nouvelle Aquitaine ? La région Nouvelle-Aquitaine étudie et prépare activement le rétrofit au bioGNV des rames TER X73500 diesel, en collaboration avec Ferrocampus, GRDF et la SNCF, avec un prototype prévu comme démonstrateur début 2026. Ce projet s’inscrit dans sa stratégie de décarbonation des transports ferroviaires et terrestres, visant à réduire les émissions de CO₂ tout en soutenant l’industrie locale.
- EXCLUSIF. 1,8 milliard signé lundi à Marseille : l’État plus généreux que prévu pour les transports provençaux. L’avenant au volet mobilité du CPER 2021-2027 pour la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, signé le 3 novembre, augmente les investissements de 1,5 à 1,8 milliard d’euros, financés par l’État, la Région et d’autres partenaires. Les fonds seront prioritairement orientés vers le ferroviaire, les routes et les transports en commun, favorisant le report modal et des solutions moins polluantes.
- Quarante ans après, le projet de réouverture d’une voie ferrée entre la France et l’Espagne fait débat. La région Nouvelle-Aquitaine soutient la réouverture transfrontalière de la ligne Pau-Canfranc, vue comme stratégique pour le tourisme, le désengorgement routier et la connexion avec l’Espagne, malgré un coût total estimé à 405 millions d’euros. Les habitants et certains élus s’inquiètent des nuisances locales, du manque d’infrastructures pour le fret et des embouteillages potentiels, avec une enquête publique prévue début 2026.
Entreprises
- SNCF Réseau met en service son premier aiguillage de nouvelle génération. SNCF Réseau vient de mettre en service dans le Grand Est le premier poste d’aiguillage de troisième génération Argos, destiné à centraliser et informatiser progressivement la gestion des 1.500 postes d’aiguillage et des dizaines de milliers d’aiguillages du pays. Cette technologie doit permettre un pilotage à distance plus fiable, plus réactif et moins coûteux, en réduisant les infrastructures au sol et en préparant la généralisation des centres de commandes centralisées.
- C’était une priorité de l’Europe en 2022: faute de subventions, Alstom « met en pause » ses activités liées au train à hydrogène et admet que la technologie « n’est pas encore mûre ». Alstom met en pause son développement interne de trains à hydrogène tout en assurant la livraison et la maintenance des rames déjà commandées en Europe. Cette suspension fragilise la filière française, dans un contexte de maturité technique insuffisante, de performances contestées et de dépendance croissante envers les fournisseurs chinois et américains. Voir aussi : Les Pays-Bas freinent sur l’hydrogène ferroviaire : Groningen passe au tout électrique.
- (Alstom) Le Brésil à la croisée des chemins : 70 ans de transformation ferroviaire. Alstom met en avant 70 ans d’activités au Brésil, où une forte urbanisation et des besoins logistiques immenses en font un marché clé pour la mobilité durable, soutenu par des projets majeurs comme les monorails, métros et systèmes de signalisation de São Paulo. Grâce à son site industriel de Taubaté et à une stratégie axée sur la décarbonation, l’entreprise défend à la COP30 le rôle central du rail comme solution pour la résilience urbaine et la transition climatique.
- Alstom signe un contrat historique pour la construction de 42 trains Coradia Max pour PKP Intercity, marquant le début d’une nouvelle ère pour le transport ferroviaire polonais. Alstom fournira 42 rames électriques à deux niveaux Coradia Max (avec option pour 30 supplémentaires) à PKP Intercity, un contrat de 1,6 milliard d’euros incluant 30 ans de maintenance et une production entièrement localisée en Pologne. Ces trains de 200 km/h, très capacitaires et modulaires, doivent relever le standard du transport interurbain polonais tout en soutenant l’industrie ferroviaire nationale.
- « Ça marche très bien en ce moment », se félicite le PDG d’Alstom, avec « de plus en plus de passagers dans le monde entier » Alstom voit ses bénéfices quadrupler grâce à un marché mondial du rail en forte croissance et à sa présence industrielle dans de nombreux pays, renforcée par l’intégration de Bombardier. Malgré des retards sur certains projets comme le TGV-M, le PDG souligne un sous-investissement ferroviaire en France et prépare sa passation de pouvoir en 2026.
- Après les avions Rafale, la France va fournir 55 locomotives Alstom à l’Ukraine. La France et l’Ukraine renforcent leur coopération avec un contrat de 55 locomotives électriques Alstom, financé par la BERD et la Banque mondiale, pour moderniser un réseau ferroviaire ukrainien largement obsolète. Produites à Belfort et livrées à partir de 2027, ces locomotives à haute efficacité opérationnelle visent à accroître la résilience logistique du pays en guerre.
- «Sans nouvelle commande, nous devrons arrêter la production des TER à Crespin », prévient Frédéric Wiscart, président d’Alstom France. L’usine Alstom de Crespin risque de devoir arrêter la production des TER Omneo vers 2027 faute de nouvelles commandes, malgré un carnet actuel représentant quatre années d’activité. Si aucun achat supplémentaire n’est acté d’ici l’été 2026, la ligne devra être démontée, d’où les discussions engagées avec les régions et la SNCF.
- TSO profite de la régénération du réseau SNCF et mène des chantiers à l’international. La filiale ferroviaire de NGE poursuit sa montée en puissance avec 610 M€ de chiffre d’affaires et un important contrat de 320 M€ remporté auprès de SNCF Réseau pour le renouvellement de voies et de ballast. L’entreprise, désormais concurrente directe des grands groupes de BTP, réalise aussi un quart de son activité à l’international et continue d’étendre son portefeuille de projets.
- Ecotrain, petit train de la ruralité, fait un arrêt à l’Elysée. Le prototype français Ecotrain, navette ferroviaire légère, autonome et électrique destinée à revitaliser les lignes rurales abandonnées, est présenté pour la première fois au public lors de l’exposition « Fabriqué en France » à l’Élysée. Porté par une startup appuyée par l’Ademe, le projet cherche maintenant financement et partenaires pour lancer une première ligne pilote après l’intérêt exprimé par plusieurs régions et pays.
- NEXRAIL commande jusqu’à 200 locomotives hybrides (électriques + batteries) Stadler EURO9000. La société de leasing Luxembourgeoise NEXRAIL commande jusqu’à 200 locomotives hybrides EURO9000 à Stadler, à partir de 2029. Elles combinent alimentation caténaire multiténage et batteries de 636 kWh pour le fret transfrontalier dans six pays européens. Ces machines Co’Co’ offriront jusqu’à 9 MW de puissance électrique, 1,2 MW sur batterie, et un effort de traction très élevé pour des opérations de fret lourdes.
- L’allemand Siemens Mobility décroche un contrat de deux milliards des CFF au détriment de Stadler. Les CFF ont choisi Siemens Mobility pour fournir 116 rames à deux étages pour le RER zurichois et la Suisse romande, valorisées à 2,1 milliards de francs, au détriment de Stadler dont la technologie suisse est reconnue. Ces nouvelles rames offriront jusqu’à 1000 places en double traction, un accès plancher bas, des zones multifonctions et des équipements modernes pour un confort accru.
Et aussi..
- Avec ses drones de nuit, la SNCF se muscle face aux vols de cuivre et de métaux. La SNCF déploie massivement des drones de surveillance pour dissuader et détecter les vols de câbles, un phénomène stimulé par la hausse du prix du cuivre et qui perturbe fortement le réseau ferroviaire.Ces patrouilles nocturnes, intégrées à un dispositif de sûreté de 100 M€/an, ont permis de neutraliser plusieurs réseaux de voleurs et sécurisent notamment les grands chantiers comme la ligne POLT.
- Le train de nuit Paris-Berlin abandonné par la SNCF est relancé par une coopérative. European Sleeper reprend la liaison de nuit Paris-Berlin dès mars 2026, avec trois allers-retours hebdomadaires, un itinéraire via les Hauts-de-France et un financement coopératif visant 2,3 millions d’euros pour lancer l’exploitation. Le modèle non subventionné reste fragile, l’obtention des sillons et l’équilibre économique étant incertains malgré une demande forte et un taux de remplissage visé de 60%.
- Un chantier d’envergure et un défi à relever, 96h pour installer un pont ferroviaire à Metz. À Metz, la SNCF a mené un chantier éclair de 96 heures pour installer un passage souterrain destiné aux piétons et cyclistes, interrompant temporairement le trafic ferroviaire de marchandises. Ce projet, préparé pendant trois ans, a nécessité le déplacement de 8 000 m³ de terre.
- D’ici 2029, les trains de nuit français vous offriront une expérience digne d’un hôtel 5 étoiles. Les trains de nuit français seront modernisés dès 2029 avec des rames confortables, écologiques et équipées de technologies modernes, permettant un voyage durable à travers la France. L’ouverture à la concurrence vise à diversifier les services et à offrir aux voyageurs davantage de choix et d’expériences innovantes.