Rail et mobilité N°108 (23 Décembre 2025)

Le temps long de la Grande Vitesse

Ultime numéro de Rail et Mobilité pour 2025 🙂 Nous le publions avant la fin du mois pour permettre à ceux qui prennent des congés de le lire avant leur départ, et vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année à toutes et à tous !!

Le ferroviaire connaît un double mouvement : modernisation et expansion des infrastructures, avec de nouveaux chantiers et lignes LGV en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, visant à améliorer vitesse, sécurité et connectivité. Les projets internationaux, comme en Égypte, au Maroc ou en Algérie, soulignent le rôle stratégique du rail dans le commerce et le transport de fret.

Simultanément, l’innovation technologique transforme le secteur : maintenance prédictive, véhicules électriques rail-route et systèmes de signalisation avancés visent à réduire les coûts, augmenter la disponibilité et améliorer la performance. 

En revanche, la relance de services voyageurs, du TGV aux trains de nuit, reste confrontée à des contraintes financières, logistiques et concurrentielles, montrant les enjeux et les délais incontournables d’une transition ferroviaire durable et performante.

L'actu de ce numéro

Dossiers

  • Pourquoi le train de nuit a du mal à redémarrer en Europe. Le train de nuit, malgré sa popularité et son rôle bas carbone, peine à se relancer en France et en Europe, notamment à cause du retrait des subventions françaises et du déficit en matériel roulant.
    Les contraintes financières, logistiques et concurrentielles, ainsi que l’absence d’opérateurs prêts à investir, compromettent la pérennité et l’expansion de ce service.
  • Un nouveau TGV le 1er juillet sur Paris-Lyon-Marseille. La mise en service du nouveau TGV M d’Alstom, initialement prévue pour 2024, est repoussée à début juillet 2026 en raison de retards de production et d’homologation, avec un lancement commercial progressif sur l’axe Paris–Lyon–Marseille. Malgré ce retard, la SNCF mise sur ce train plus capacitaire, modulaire et économe pour affronter la concurrence accrue de Trenitalia sur ses lignes les plus rentables.
  • Route de la Soie du Sud : l’Iran et la Turquie redessinent les contours du commerce eurasien. L’accord concerne la construction d’une ligne ferroviaire de transit d’environ 200 km, jusqu’à la frontière turque d’Aralik, un projet de 1,6 Md$ visant à relancer le corridor sud eurasiatique et à connecter directement leurs réseaux. Protégée des conflits et sans rupture de charge, cette route méridionale renforcerait un axe ferroviaire continu Chine–Europe, positionnant l’Iran et la Turquie comme pivots logistiques majeurs.

 

L’international

  • Un consortium français décroche un projet ferroviaire de 540 millions d’euros en Égypte. Un consortium franco-égyptien mené par Alstom a été sélectionné pour un contrat de modernisation ferroviaire de 540 M€ pour rénover et optimiser une ligne logistique entre Le Caire et Alexandrie (travaux prévus de 2026 à 2030). L’objectif est d’améliorer la capacité, la sécurité et la fluidité du transport de marchandises en connectant mieux les ports et zones industrielles, tout en réduisant les délais logistiques sur cet axe stratégique.
  • 250 km/h en plein désert: l’Egypte teste sa première ligne de train à grande vitesse, les entreprises allemandes en force. Le premier tronçon de LGV de 660 km entre la mer Rouge et la Méditerranée sera le pilier d’un futur réseau de 2 000 km visant à créer un « canal de Suez sur rails », avec des trains Siemens Velaro conçus pour le désert et roulant jusqu’à 250 km/h. Ce projet de 7,5 Md€, dominé par Siemens et Deutsche Bahn pour la fourniture, l’exploitation et la maintenance sur 15 ans, fera de l’Égypte l’un des plus grands réseaux LGV mondiaux.
  • Angola: les Etats-Unis signent un prêt de 553 millions de dollars pour une ligne ferroviaire stratégique. Le prêt, complété par 200 M$ de la DBSA, permettra de moderniser 1 300 km de la ligne ferroviaire stratégique du couloir de Lobito reliant le port angolais à la RDC riche en minerais. Ce projet, soutenu aussi par l’Europe, vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement occidentales face à la Chine et à réduire le transport des minerais de 45 jours par route à 40–50 heures par train.
  • La BAD met 747 millions € sur la table pour un projet majeur en Algérie. Le financement portera sur la première tranche d’une ligne ferroviaire de 495 km reliant Laghouat, Ghardaïa et El Ménéa, visant à moderniser le transport et stimuler l’économie du Sud algérien. Le projet, équipé de systèmes modernes, facilitera voyageurs et marchandises, renforcera l’emploi, le commerce et l’intégration régionale.
  • L’Arabie saoudite et le Qatar veulent leur TGV (…) Les deux pays ont signé un accord pour construire une LGV de 745 km reliant Riyad à Doha, permettant un trajet d’environ deux heures à plus de 300 km/h. Prévu pour être achevé en six ans, le projet vise 10 millions de passagers par an et la création de plus de 30 000 emplois, dans un contexte d’essor mondial de la grande vitesse ferroviaire. Les deux pays anticipent un impact cumulé estimé à 26,1 milliards d’euros sur leur PIB.
  • Traxtion prévoit d’investir 200 millions $ dans le transport ferroviaire sud-africain. Traxtion investit 3,4 milliards de rands pour moderniser et étendre sa flotte de locomotives et wagons, dans le cadre de l’ouverture du fret ferroviaire sud-africain aux opérateurs privés. Les premières locomotives rénovées seront opérationnelles à partir du troisième trimestre 2027, visant à renforcer efficacité et compétitivité du réseau.
  • L’UE planifie son réseau de trains à grande vitesse… en contournant la Suisse. Les CFF développent les liaisons internationales directes, tandis que l’UE prépare une extension du réseau à grande vitesse contournant la Suisse, sans que Berne ne soit directement impliquée dans la planification. Les autorités suisses soulignent leur anticipation des investissements ferroviaires et affichent une vigilance pour rester bien connectées au réseau européen futur.

Régions

Entreprises

Et aussi..

  • ARGOS : place à la signalisation nouvelle génération. SNCF Réseau a mis en service son premier poste d’aiguillage digital ARGOS entre Réding et Saverne, permettant un pilotage à distance depuis les CCR et préparant le déploiement de l’ERTMS. Issu d’un partenariat industriel de 90 M€, ARGOS réduit les délais de mise en œuvre de 30 %, les coûts d’environ 15 % et améliore la fiabilité, la maintenance prédictive et la performance globale de la signalisation ferroviaire. (Plus de détails ici).
  • Prix, vitesse, correspondances…5 choses à savoir sur le premier téléphérique d’Île de France. Île-de-France Mobilités inaugure le 13/12 le téléphérique urbain Câble C1, long de 4,5 km, reliant Villeneuve-Saint-Georges, Limeil-Brévannes et Valenton à la ligne 8 du métro en 18 minutes, avec une cabine toutes les 20–30 secondes et jusqu’à 11 000 voyageurs par jour. Le projet de 138 M€ offre une alternative rapide au bus, pour un coût inférieur à celui d’un prolongement de métro.
  • Train des Merveilles : l’une des plus belles lignes ferroviaires françaises rouvre aujourd’hui. Après plus d’un an d’interruption, le train des Merveilles a repris du service le 15 décembre 2025 entre Nice et Tende, sur une ligne historique inaugurée en 1928 et entièrement restaurée pour 74 M€. Ce trajet panoramique de moins de 90 minutes relie la Méditerranée aux Alpes, traversant vallées, tunnels et viaducs jusqu’aux portes du parc national du Mercantour.