Le temps long de la Grande Vitesse
Ultime numéro de Rail et Mobilité pour 2025 🙂 Nous le publions avant la fin du mois pour permettre à ceux qui prennent des congés de le lire avant leur départ, et vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année à toutes et à tous !!
Le ferroviaire connaît un double mouvement : modernisation et expansion des infrastructures, avec de nouveaux chantiers et lignes LGV en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient, visant à améliorer vitesse, sécurité et connectivité. Les projets internationaux, comme en Égypte, au Maroc ou en Algérie, soulignent le rôle stratégique du rail dans le commerce et le transport de fret.
Simultanément, l’innovation technologique transforme le secteur : maintenance prédictive, véhicules électriques rail-route et systèmes de signalisation avancés visent à réduire les coûts, augmenter la disponibilité et améliorer la performance.
En revanche, la relance de services voyageurs, du TGV aux trains de nuit, reste confrontée à des contraintes financières, logistiques et concurrentielles, montrant les enjeux et les délais incontournables d’une transition ferroviaire durable et performante.
L'actu de ce numéro
Dossiers
- Pourquoi le train de nuit a du mal à redémarrer en Europe. Le train de nuit, malgré sa popularité et son rôle bas carbone, peine à se relancer en France et en Europe, notamment à cause du retrait des subventions françaises et du déficit en matériel roulant.
Les contraintes financières, logistiques et concurrentielles, ainsi que l’absence d’opérateurs prêts à investir, compromettent la pérennité et l’expansion de ce service. - Un nouveau TGV le 1er juillet sur Paris-Lyon-Marseille. La mise en service du nouveau TGV M d’Alstom, initialement prévue pour 2024, est repoussée à début juillet 2026 en raison de retards de production et d’homologation, avec un lancement commercial progressif sur l’axe Paris–Lyon–Marseille. Malgré ce retard, la SNCF mise sur ce train plus capacitaire, modulaire et économe pour affronter la concurrence accrue de Trenitalia sur ses lignes les plus rentables.
- Route de la Soie du Sud : l’Iran et la Turquie redessinent les contours du commerce eurasien. L’accord concerne la construction d’une ligne ferroviaire de transit d’environ 200 km, jusqu’à la frontière turque d’Aralik, un projet de 1,6 Md$ visant à relancer le corridor sud eurasiatique et à connecter directement leurs réseaux. Protégée des conflits et sans rupture de charge, cette route méridionale renforcerait un axe ferroviaire continu Chine–Europe, positionnant l’Iran et la Turquie comme pivots logistiques majeurs.
L’international
- Un consortium français décroche un projet ferroviaire de 540 millions d’euros en Égypte. Un consortium franco-égyptien mené par Alstom a été sélectionné pour un contrat de modernisation ferroviaire de 540 M€ pour rénover et optimiser une ligne logistique entre Le Caire et Alexandrie (travaux prévus de 2026 à 2030). L’objectif est d’améliorer la capacité, la sécurité et la fluidité du transport de marchandises en connectant mieux les ports et zones industrielles, tout en réduisant les délais logistiques sur cet axe stratégique.
- 250 km/h en plein désert: l’Egypte teste sa première ligne de train à grande vitesse, les entreprises allemandes en force. Le premier tronçon de LGV de 660 km entre la mer Rouge et la Méditerranée sera le pilier d’un futur réseau de 2 000 km visant à créer un « canal de Suez sur rails », avec des trains Siemens Velaro conçus pour le désert et roulant jusqu’à 250 km/h. Ce projet de 7,5 Md€, dominé par Siemens et Deutsche Bahn pour la fourniture, l’exploitation et la maintenance sur 15 ans, fera de l’Égypte l’un des plus grands réseaux LGV mondiaux.
- Angola: les Etats-Unis signent un prêt de 553 millions de dollars pour une ligne ferroviaire stratégique. Le prêt, complété par 200 M$ de la DBSA, permettra de moderniser 1 300 km de la ligne ferroviaire stratégique du couloir de Lobito reliant le port angolais à la RDC riche en minerais. Ce projet, soutenu aussi par l’Europe, vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement occidentales face à la Chine et à réduire le transport des minerais de 45 jours par route à 40–50 heures par train.
- La BAD met 747 millions € sur la table pour un projet majeur en Algérie. Le financement portera sur la première tranche d’une ligne ferroviaire de 495 km reliant Laghouat, Ghardaïa et El Ménéa, visant à moderniser le transport et stimuler l’économie du Sud algérien. Le projet, équipé de systèmes modernes, facilitera voyageurs et marchandises, renforcera l’emploi, le commerce et l’intégration régionale.
- L’Arabie saoudite et le Qatar veulent leur TGV (…) Les deux pays ont signé un accord pour construire une LGV de 745 km reliant Riyad à Doha, permettant un trajet d’environ deux heures à plus de 300 km/h. Prévu pour être achevé en six ans, le projet vise 10 millions de passagers par an et la création de plus de 30 000 emplois, dans un contexte d’essor mondial de la grande vitesse ferroviaire. Les deux pays anticipent un impact cumulé estimé à 26,1 milliards d’euros sur leur PIB.
- Traxtion prévoit d’investir 200 millions $ dans le transport ferroviaire sud-africain. Traxtion investit 3,4 milliards de rands pour moderniser et étendre sa flotte de locomotives et wagons, dans le cadre de l’ouverture du fret ferroviaire sud-africain aux opérateurs privés. Les premières locomotives rénovées seront opérationnelles à partir du troisième trimestre 2027, visant à renforcer efficacité et compétitivité du réseau.
- L’UE planifie son réseau de trains à grande vitesse… en contournant la Suisse. Les CFF développent les liaisons internationales directes, tandis que l’UE prépare une extension du réseau à grande vitesse contournant la Suisse, sans que Berne ne soit directement impliquée dans la planification. Les autorités suisses soulignent leur anticipation des investissements ferroviaires et affichent une vigilance pour rester bien connectées au réseau européen futur.
Régions
- TGV à Amiens, signalisation, sécurité : le projet du barreau Roissy-Picardie avance, mais son ouverture est reportée à fin 2028. L’ouverture du barreau Roissy-Picardie, initialement prévue fin 2025, est reportée à fin 2028 pour la mise aux normes de la signalisation et les tests de sécurité. La ligne desservira Amiens et permettra des gains de 24 à 35 minutes sur Amiens–Roissy grâce à 12 TER quotidiens.
- La région Grand Est et l’État s’engagent à développer et à renforcer le fret ferroviaire sur l’ensemble du territoire. À partir du 1er décembre 2025, l’État et la Région Grand Est lancent un dispositif conjoint pour développer le fret ferroviaire en soutenant la création, la réactivation et la modernisation des ITE, avec 10,6 M€ mobilisés (6,6 M€ État, 4 M€ Région) afin d’encourager le report modal route-rail.
- Les associations de défense des trains rappellent l’urgence de défendre les lignes auvergnates. Elles alertent sur la dégradation et la fermeture progressive des petites lignes en Auvergne (nombreuses suppressions en vingt ans, vitesses fortement réduites faute d’entretien, risque de désert ferroviaire) et dénoncent l’inaction et les surcoûts induits, alors que l’État envisage de hiérarchiser les « petites lignes » via le rapport Philizot, faisant peser une forte incertitude sur l’avenir et le financement du réseau auvergnat.
- Ferroviaire : la Région arrête de financer l’entretien des petites lignes, coup de gueule en Limousin. La Région Nouvelle-Aquitaine prévoit, au budget 2026, l’arrêt du financement des réparations d’urgence sur les petites lignes, suscitant l’opposition d’élus et d’associations du Limousin qui dénoncent le risque de fermetures rapides sur un réseau très vieillissant. Cinq lignes pourraient fermer dès 2025-2026.
- La SNCF dévoile son plan d’amélioration demandé par la Région Occitanie. Le plan prévoit 60 M€ d’investissements sur trois ans pour la maintenance des infrastructures, en complément des 80 M€ annuels existants, principalement concentrés autour de Toulouse où les retards sont liés au vieillissement du réseau.
- Travaux sur la Polt : un nouveau chantier en janvier pour « revenir à un trajet Paris-Limoges en moins de trois heures ». Un chantier de 85 millions d’euros débutera en janvier 2026 sur 102 km de la ligne Polt entre Lothiers et La Souterraine pour moderniser les voies, recycler le ballast et réduire le temps de trajet Paris–Limoges. Le projet mobilisera 450 personnes sur cinq mois, avec quelques ajustements temporaires des dessertes Intercités.
Entreprises
- L’ancien patron d’Eurostar lance Claret, un nouvel opérateur qui pourrait concurrencer les TGV de la SNCF, une fois encore sur le Paris-Lyon La société Claret, fondée en 2021 par Nicolas Petrovic, a signé un accord-cadre avec SNCF Réseau, validé par l’ART, pour obtenir des sillons sur la ligne à grande vitesse Paris-Lyon, malgré une concurrence déjà forte. L’accès à cette ligne, la plus rentable du réseau et proche de la saturation reste conditionné à de lourds investissements en matériel roulant, à ce stade sécurisés uniquement par Velvet.
- Comment Trainline compte-t-elle tirer partie de l’ouverture à la concurrence en France ? Avec 6,97 Md€ de volume d’affaires mondial en 2024-2025, la plateforme mise sur l’innovation (IA, clients corporate) mais alerte sur un cadre réglementaire et des commissions jugées insuffisants pour les distributeurs indépendants.
- En Australie, la part d’Alstom dans le contrat pour la ligne Suburban Rail Loop de Melbourne s’élève à 1,0 milliard d’euros. Alstom obtient 1 Md€ d’un contrat global de 4,9 Md€ pour la section Est du projet Suburban Rail Loop de Melbourne, plus grand projet du pays, incluant 13 rames Metropolis automatisées, leur signalisation CBTC, cybersécurité, portes palières et maintenance sur 15 ans.
- La France rejoint (2 fois) le projet le plus pharaonique de l’histoire de l’Australie : 75 milliards d’euros pour 90 km de boucle ferroviaire sous Melbourne. Cet article décrit plus en détail l’écosystème d’entreprises françaises (dont RATP Dev) qui entourent Alstom.
- Alstom va fournir 23 rames à la compagnie grecque Hellenic Train, pour un montant de 393 millions d’euros. Alstom a signé un contrat de 393 M€ avec Hellenic Train pour fournir 23 rames électriques Coradia Stream, incluant dix ans de maintenance, destinées aux services de banlieue et interurbains en Grèce. Conçus et fabriqués en Italie, ces trains de 160 km/h seront équipés de l’ERTMS niveau 2 et conformes aux normes européennes d’interopérabilité.
- Face au français Alstom, l’espagnol CAF nourrit des ambitions dans le ferroviaire au Maroc. CAF veut renforcer durablement sa présence sur le marché marocain, porté par de forts investissements publics, notamment via un contrat de 600 M€ pour 30 trains interurbains dans le cadre du vaste plan d’acquisitions de l’ONCF. En misant sur des partenariats avec 15 à 20 fournisseurs locaux et l’extension de la LGV, CAF vise aussi à utiliser le Maroc comme base pour développer ses activités sur l’ensemble du continent africain. Voir aussi : L’ONCF signe un accord avec la CAF et devient sponsor officiel de la CAN 2025.
- Ferromobile : Arnaud Montebourg a une nouvelle idée entre route et rails. Le véhicule électrique pourra circuler sur route et sur voies ferrées désaffectées, automatisé sur rail pour le transport partagé rural. Le projet, développé avec Systra, Alstom et Stellantis, vise un coût bien inférieur à celui des TER tout en offrant une liberté d’horaires, et pourrait démarrer en 2024-2025 en Région Occitanie.
- Destia, filiale finlandaise de Colas, remporte la construction ouest du tram de Vantaa. Vantaa a confié à Destia et ses partenaires la construction de la partie ouest de son tramway pour 750 millions d’euros, incluant un tunnel sous la gare de Tikkurila. Le projet de métro léger, visant 60 000 habitants et 30 000 emplois d’ici 2050, sera achevé fin 2029 après quatre ans de travaux.
- Touch Sensity teste sa technologie prédictive sur une rame du métro parisien. La start-up teste depuis décembre sa technologie de surveillance des bogies sur une rame de métro parisien pour anticiper les défaillances. Ce projet pilote d’un an vise à augmenter la disponibilité des rames et réduire les coûts de maintenance pour la RATP.
Et aussi..
- ARGOS : place à la signalisation nouvelle génération. SNCF Réseau a mis en service son premier poste d’aiguillage digital ARGOS entre Réding et Saverne, permettant un pilotage à distance depuis les CCR et préparant le déploiement de l’ERTMS. Issu d’un partenariat industriel de 90 M€, ARGOS réduit les délais de mise en œuvre de 30 %, les coûts d’environ 15 % et améliore la fiabilité, la maintenance prédictive et la performance globale de la signalisation ferroviaire. (Plus de détails ici).
- Prix, vitesse, correspondances…5 choses à savoir sur le premier téléphérique d’Île de France. Île-de-France Mobilités inaugure le 13/12 le téléphérique urbain Câble C1, long de 4,5 km, reliant Villeneuve-Saint-Georges, Limeil-Brévannes et Valenton à la ligne 8 du métro en 18 minutes, avec une cabine toutes les 20–30 secondes et jusqu’à 11 000 voyageurs par jour. Le projet de 138 M€ offre une alternative rapide au bus, pour un coût inférieur à celui d’un prolongement de métro.
- Train des Merveilles : l’une des plus belles lignes ferroviaires françaises rouvre aujourd’hui. Après plus d’un an d’interruption, le train des Merveilles a repris du service le 15 décembre 2025 entre Nice et Tende, sur une ligne historique inaugurée en 1928 et entièrement restaurée pour 74 M€. Ce trajet panoramique de moins de 90 minutes relie la Méditerranée aux Alpes, traversant vallées, tunnels et viaducs jusqu’aux portes du parc national du Mercantour.