Un janvier de tragédies
Dans une newsletter essentiellement dédiée aux infrastructures et au matériel roulant, nous abordons rarement les sujets sociaux ou les accidents qui égrènent inévitablement l’actualité.
Mais ce mois-ci est différent, puisque le rail, ses infrastructures, ses personnels, mais surtout, ses passagers, ont connu une des pires séries noires de l’histoire du rail moderne. L’Espagne en est la principale victime avec trois accidents graves et des incidents qui, depuis, suscitent immédiatement une inquiétude légitime. Mais la Thaïlande et le Pérou suivent malheureusement de près et partout dans le monde, ces dernières semaines, des usagers ont perdu la vie, des familles ont connu le drame, des professionnels du secteur ont vu leur travail anéanti.
Mais ce mois-ci est différent, puisque le rail, ses infrastructures, ses personnels, mais surtout, ses passagers, ont connu une des pires séries noires de l’histoire du rail moderne. L’Espagne en est la principale victime avec trois accidents graves et des incidents qui, depuis, suscitent immédiatement une inquiétude légitime. Mais la Thaïlande et le Pérou suivent malheureusement de près et partout dans le monde, ces dernières semaines, des usagers ont perdu la vie, des familles ont connu le drame, des professionnels du secteur ont vu leur travail anéanti.
Alors, dans un numéro qui recense malgré tout des records de fréquentation, des contrats magnifiques, des projets porteurs de promesses, ainsi que des alliances et d’autres bonnes nouvelles, c’est avant tout aux personnes impliquées dans ces tragédies que nous adressons nos pensées.
L'actu de ce numéro
Dossiers
- Trois accidents ferroviaires graves ont endeuillé l’Espagne durant le mois de janvier 2026. Un premier, deux TGV qui entrent en collision en Andalousie, causant 45 décès et des centaines de blessés. Cause suspectée, une jonction ancienne. Le second intervient deux jours plus tard en Catalogne, lorsqu’un train de banlieue heurte un mur de soutènement effondré sur les voies, à la suite d’une tempête non loin de Barcelone. Au cinquième jour de la série noire, près de Carthagène, un autre train de banlieue percute une grue, n’occasionnant heureusement « que » quelques blessés légers. Ces tragédies, auxquelles se rajoutent des incidents qui auraient peut-être moins fait la une sans elles, alimentent aujourd’hui toutes les spéculations de sabotage et de détournement de fonds et ravivent des tensions régionales liées au financement du rail et son manque d’entretien. Elles viennent ternir l’image d’un pays pourtant reconnu comme un champion de la Grande Vitesse, au moment où les autorités évaluaient les solutions et matériels roulants pour passer le cap des 350 km/h et s’engagent dans un projet historique pour relier l’Europe à l’Afrique par tunnel.
- Ces accidents viennent malheureusement se rajouter à d’autres tout aussi mortels ayant eu lieu au cours de semaines précédentes en Thaïlande et au Pérou, ainsi que des déraillements moins graves en France, au Canada et aux Etats-Unis ! Accidents, mais aussi tempêtes, parfois à leur origine : Elli en Allemagne, Goretti en France, parmi d’autres.
- Le plan ambitieux de l’Europe pour son réseau de transport s’enlise. Un audit de la Cour des comptes européenne conclut que l’UE ne respectera pas l’objectif de 2030 pour achever le cœur du réseau transeuropéen de transport, en raison de retards persistants et de dépassements de coûts sur la majorité des grands projets. Malgré 15,3 milliards d’euros de financements publics engagés, plusieurs infrastructures majeures accusent des retards de plusieurs décennies et des hausses de coûts considérables, seules quelques exceptions affichant des économies. Voir aussi La dérive de huit mégaprojets épinglée par la Cour des comptes européenne pour une carte des projets.
L’international
- CAN 2025 : l’ONCF dresse un bilan record d’un dispositif ferroviaire hors norme. L’Office National des Chemins de Fer a déployé un dispositif ferroviaire exceptionnel pour la Coupe d’Afrique des Nations 2025, transportant plus de 250 000 supporters avec 251 trains supplémentaires et plus de 342 000 places offertes, battant des records historiques de fréquentation et augmentant le trafic voyageurs de 7 %. Voir aussi : Le Maroc table sur une croissance de 5 % et érige la Coupe du monde 2030 en levier stratégique. Le Maroc et l’Espagne ont franchi une étape clé vers un tunnel ferroviaire sous-marin sous le détroit de Gibraltar, une étude récente confirmant la faisabilité technique du projet et conduisant Madrid à mandater Ineco pour préparer les études préalables à un appel d’offres. Le tracé envisagé ferait environ 65 km et le calendrier reste incertain, avec une décision conjointe attendue en 2027 et des perspectives de réalisation situées entre 2035 et 2040.
- Le Maroc et l’Espagne prépareraient l’appel d’offres du tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar reliant l’Afrique et l’Europe en 2027.
- Le Japon construit le train le plus rapide du monde : arrivera-t-il un jour en Europe ? Le train japonais à lévitation magnétique L0 Series, développé par JR Central, vise une vitesse record de 603,5 km/h, réduisant notamment le trajet Tokyo — Nagoya à 40 minutes, grâce à la technologie maglev, au prix d’investissements massifs et d’un calendrier repoussé à 2034-2035. S’il représente une prouesse technologique, son déploiement hors du Japon, notamment en Europe, apparaît peu réaliste en raison de coûts d’infrastructure très élevés, d’une forte consommation énergétique et d’une adéquation limitée aux attentes des marchés européens.
- Pérou : au moins un mort et 40 touristes blessés, dont un grièvement, dans un accident de train au Machu Picchu. Une collision frontale entre deux trains touristiques reliant Ollantaytambo au Machu Picchu a fait un mort et 40 blessés, entraînant l’évacuation d’environ 2000 visiteurs avant la reprise du trafic le lendemain. Une enquête judiciaire est en cours, les autorités évoquant une possible erreur humaine du côté d’un machiniste sur cette ligne à voie unique très fréquentée.
- CSX rétablit ses activités dans le Kentucky après le déraillement d’un train. CSX a rétabli le service ferroviaire à Trenton, dans le Kentucky, après le déraillement d’un train dont 30 wagons, dont un transportant du soufre fondu, ont quitté les rails sans faire de blessés. La cause de l’accident fait toujours l’objet d’une enquête, tandis que le trafic a repris et que l’entreprise cherche à limiter les retards résiduels.
- Déraillement de train à Sept-Îles: la nourriture pourra continuer d’être acheminée à Schefferville, assure la Ville. À la suite du déraillement près de Sept-Îles, la Ville de Schefferville assure que l’approvisionnement en nourriture, carburant et médicaments pourra être maintenu grâce à des solutions alternatives, notamment le transport routier et aérien. La remise en service de la ligne ferroviaire QNS&L est estimée à 7–10 jours, tandis qu’une enquête du BST est en cours pour déterminer les cause de l’accident.
- La Pologne concrétise son futur réseau de trains à grande vitesse. La Pologne a lancé la mise en œuvre de son premier réseau de trains à grande vitesse, avec des appels d’offres pour l’infrastructure et les rames, une ligne Varsovie–Lodz prévue pour 2032 puis des extensions vers Poznan et Wroclaw. Ce projet, étroitement intégré au futur méga-aéroport central, mobilise environ 30 milliards d’euros et vise à faire du pays un hub stratégique multi-transports en Europe centrale et orientale.
Régions
- Déraillement d’un train de fret entre Caen et Cherbourg : reprise de la circulation sur une voie d’ici mi-février. Après le déraillement le 11 janvier à Carentan-les-Marais, la SNCF prévoit une reprise de la circulation sur une seule voie d’ici mi-février, une fois le relevage des wagons achevé, avec une dérogation spéciale pour les convois de combustibles nucléaires usés. Le chantier mobilisant 100 agents se poursuivra ensuite pendant six semaines supplémentaires afin de réparer les infrastructures (4 poteaux caténaires et 1.250 m de caténaires, 700 m d’abords à conforter, 1 aiguillage à remplacer, 529 m de voie à renouveler) pour permettre un retour progressif à un trafic normal. Voir aussi : Dans la Manche, impressionnante opération de relevage de wagons après un accident ferroviaire.
- L’axe Paris-Lyon-Marseille sera le premier à bénéficier du nouveau TGV M en juillet. Les nouvelles rames TGV M, plus aérodynamiques et 20 % plus économes en énergie, seront mises en service le 1er juillet sur l’axe Paris-Lyon-Marseille. La flotte commencera avec quatre rames et atteindra 13 rames d’ici fin 2026, offrant jusqu’à 740 places par train.
- Ce département français est le seul à n’avoir ni autoroute, ni gare SNCF, ni aéroport. Privée depuis des décennies d’autoroute, de gare SNCF et d’aéroport, l’Ardèche subit un isolement dénoncé par ses habitants, contraints à de longs déplacements routiers malgré des réseaux ferroviaires et aériens à proximité. La réouverture annoncée de la gare du Teil en 2027 pourrait mettre fin à l’arrivée de trains à vide, mais les usagers réclament une véritable desserte régionale dans un territoire où la voiture reste dominante.
- Seule une nouvelle ligne permet de sortir du bouchon ferroviaire ? Le rapport remis à la Région Nouvelle-Aquitaine indique que la rénovation du réseau ferroviaire existant ne suffit pas à augmenter l’offre de trains du quotidien. Seule la création d’une nouvelle Ligne à Grande Vitesse, séparant TER, fret et trains rapides, permettrait de résoudre les goulots d’étranglement, d’améliorer la mobilité régionale et de réduire les impacts environnementaux.
- Projet ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN) : validation de la feuille de route pour aboutir à un projet refondé à l’automne 2026. Le Comité de pilotage du projet LNPN a validé la refondation du projet sur la base du dialogue territorial, en définissant une réalisation par phases et des mesures pour réduire les impacts locaux tout en répondant aux besoins de mobilité et de fret. La feuille de route prévoit notamment 4 voies entre Paris et Mantes-la-Jolie, la création de la gare de Saint-Sever à Rouen, l’amélioration des temps de parcours et la coordination avec les autres projets ferroviaires d’ici à l’automne 2026.
- LGV Bordeaux-Toulouse: les collectivités opposées à un financement public-privé. Les collectivités et la SGPSO défendent un financement entièrement public pour la LGV Bordeaux-Toulouse, jugeant un partenariat public-privé coûteux et inéquitable pour les territoires. Le projet, chiffré à 14 milliards d’euros, vise une mise en service en 2032 avec des gains de temps significatifs pour les liaisons Toulouse-Paris et Bordeaux-Dax, malgré les dépassements budgétaires déjà constatés.
Entreprises
- Contrat de 2,3 milliards $ à Toronto: La Pocatière s’assure un rôle clé. L’usine de La Pocatière fabriquera des composantes structurales clés des nouvelles rames du métro de Toronto dans le cadre d’un contrat de 2,3 milliards de dollars remporté par Alstom, tandis que l’assemblage final sera réalisé à Thunder Bay. Le projet de 70 rames, soit 420 voitures, assure des retombées économiques importantes pour le Bas-Saint-Laurent et confirme le rôle stratégique du site québécois dans la chaîne d’approvisionnement ferroviaire canadienne.
- Ferroviaire : Alstom mise sur son usine de Petit-Quevilly. L’usine Alstom de Petit-Quevilly, spécialisée dans la conception et la production de transformateurs de traction, est devenue un site stratégique pour la souveraineté industrielle du groupe et un centre d’expertise mondial sur cet équipement clé. Face à la hausse de la demande, Alstom y a accru ses investissements, triplé ses volumes de production en moins de dix ans et renforcé l’emploi, tout en développant des transformateurs sur mesure pour chaque ligne ferroviaire.
- Alstom démarre 2026 en trombe avec un contrat à 500 millions d’euros pour fournir 26 trains supplémentaires au Bade-Wurtenberg, en Allemagne. Alstom va fournir 26 trains supplémentaire à la région allemande de Bade-Wurtemberg, pour 500 millions d’euros, a annoncé le groupe français jeudi 15 janvier. Ce contrat porte à 156 le nombre total de trains Coradia commandés par le Bade-Wurtemberg pour 3 milliards d’euros, avec des livraisons prévues en 2028 et une maintenance jusqu’en 2055. La fabrication sera assurée en Pologne, avec une contribution des sites français de Valenciennes pour l’ingénierie et de Petit-Quevilly pour les transformateurs.
- Le constructeur espagnol CAF prêt à collaborer avec l’usine brugeoise d’Alstom pour renouveler la flotte de la SNCB. CAF a obtenu la commande de 180 nouvelles rames pour la SNCB et souhaite collaborer avec l’usine Alstom de Bruges pour leur construction, suite aux recommandations du ministre de la Mobilité. Cette collaboration vise à sécuriser l’emploi local et à intégrer Alstom dans l’assemblage des trains, tout en respectant le cadre légal de l’appel d’offres européen.
- Trenitalia cherche à accélérer en France et au Royaume-Uni. Le groupe ferroviaire italien FS a conclu un partenariat stratégique avec Certares pour créer une coentreprise et investir dans Trenitalia France afin d’accélérer son développement sur le marché européen de la grande vitesse. L’accord prévoit un investissement d’un milliard d’euros, l’augmentation des fréquences en France, le lancement de trains Paris–Londres d’ici 2029 et le renforcement de la flotte et des capacités de maintenance.
- Siemens Mobility dévoile une gigafactory à locomotives. Siemens Mobility a doublé la superficie de son site de Munich-Allach pour accompagner le succès de la locomotive modulaire Vectron et développer de nouveaux concepts de rames réversibles, en s’appuyant sur l’IA, la digitalisation et les jumeaux numériques. Ce site stratégique, qui emploiera 2500 personnes d’ici 2028, permettra d’augmenter fortement les capacités de production, de maintenance et de retrofit, dans un contexte de libéralisation du rail et de transition vers la traction électrique en Europe.
- Implenia décroche un mandat à 830 millions pour un projet des CFF. Implenia a obtenu pour 830 millions de francs de contrats sur un projet de 1,7 milliard, comprenant notamment la réalisation du tunnel de Brütten, pièce maîtresse destinée à supprimer le goulet d’étranglement ferroviaire entre Zurich et Winterthour. Les travaux porteront aussi sur plusieurs tronçons et gares du tracé, avec une mise en service du tunnel de 8,3 km prévue après une décennie de chantier.
Et aussi..
- Ce document décidé par l’ONU qui va révolutionner le transport mondial de marchandises. L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution créant un document électronique unique pour le transport routier, ferroviaire et aérien de marchandises, afin d’harmoniser les règles juridiques et de sécuriser les transactions. Ce dispositif, signé en 2026 et applicable après ratification par dix États, permettra de vendre, réacheminer ou utiliser les cargaisons comme garantie financière en cours de transit.
- Les autoroutes vont financer le ferroviaire: Loi-cadre sur les transports attendue le 4 février. Le gouvernement présentera le 4 février son projet de loi-cadre sur les transports, visant notamment à sécuriser le financement de la rénovation du réseau ferré vieillissant, estimée à 4 milliards d’euros par an. Une partie des recettes des concessions autoroutières, environ 2,5 à 3 milliards d’euros annuels, sera fléchée vers les différents modes de transport pour assurer ces travaux et soutenir les collectivités.
- « Quatre ans ici contre deux ans en Espagne »: les nouveaux opérateurs du ferroviaire se plaignent des délais d’homologation des trains en France. L’Association française du Rail dénonce les lenteurs et le manque d’indépendance des organismes d’homologation en France, qui retardent la mise en service des trains des nouveaux entrants et pèsent sur leurs modèles économiques. La Renfe illustre ce problème : ses TGV S106 prévus pour l’été 2024 sur Paris-Lyon n’ont pas été homologués, freinant son entrée sur le marché français malgré l’existence d’organismes d’homologation indépendants.
- C’est le moyen de transport le plus propre mais il est écrasé par la route et est même bien moins utilisé qu’en Allemagne: le fret ferroviaire reste anecdotique en France mais ça pourrait enfin bientôt changer. Le fret ferroviaire en France, historiquement dominant, a fortement décliné depuis les années 1960, ne représentant plus que moins de 10 % du transport de marchandises malgré son potentiel écologique. Un redressement semble s’amorcer grâce à l’ouverture à la concurrence, aux investissements publics massifs et à l’essor du transport combiné, favorisant de nouveaux flux et acteurs sur de longues distances.
- Philippe Tabarot : « Les usagers du train couvrent environ 25% du coût du transport ». Interview vidéo du ministre des Transports par Public Sénat.