Rail et mobilité N°110 (25 Février 2026)

La crédibilité comme actif stratégique?

L’actualité de ces dernières semaines met en avant un mot : crédibilité. 

  • Financière d’abord, avec des projets comme Bordeaux–Toulouse ou Québec–Toronto qui posent moins la question du financement que celle des hypothèses de trafic, de risque et d’énergie sous-jacentes.
  • Technique ensuite : la modernisation éclair en Chine, l’accélération du Lyon–Turin ou les contrats intégrés au Danemark montrent que la performance repose sur une ingénierie systémique et une maîtrise du cycle de vie.
  • Opérationnelle et sécuritaire aussi : les accidents en Espagne rappellent que la robustesse d’un réseau se joue sur ses maillons faibles, et que la transparence devient un impératif stratégique.
  • Industrielle enfin : du fret en Asie centrale aux corridors algériens, le rail redevient outil géoéconomique, tandis que certaines filières européennes restent fragiles faute de commandes structurantes.

Alors que la demande progresse, la ponctualité s’améliore, mais le renouvellement des réseaux demeure insuffisant pour inverser leur vieillissement. Pour les dirigeants, l’enjeu est-il de prouver que le rail peut être piloté comme un système intégré — financement, énergie, infrastructure, industrie — cohérent et durable ?

Image (c) Ian Deng

L'actu de ce numéro

Dossiers

 

 L’international

Régions

  • SNCF : 130 millions d’euros investis en 2026 pour la ligne Dijon-Paris.  En 2026, la ligne bénéficiera de plus de 130 millions d’euros d’investissements dans le cadre d’un plan régional d’un milliard sur trois ans, incluant régénération de voies, renouvellements ciblés et digitalisation de la signalisation, sans interruption majeure du trafic. Ce programme vise à renforcer fiabilité et performance d’un axe stratégique, tout en soutenant l’économie locale via la mobilisation d’entreprises régionales et près de 100 recrutements prévus.
  • Jean Castex et Christelle Morançais à Savenay : 16 M€ pour fiabiliser la ligne Nantes-Saint-Nazaire. La présidente de la Région Pays de la Loire a reçu le PDG de la SNCF  pour évaluer la ligne Nantes-Savenay, confrontée à des retards et une dégradation du service, en concertation avec les élus locaux. La SNCF a présenté un plan d’action de 16 M€ (2026-2030) axé sur maintenance, modernisation, optimisation des installations et gestion de l’environnement, avec un suivi direct pour améliorer régularité et qualité de service.
  •  (Bourgogne Franche-Comté) Ferroviaire : « 2025 un grand cru, 2026 un futur millésime ».  En 2025, le réseau ferroviaire de BFC a atteint un niveau d’activité record (plus de 200 000 circulations, +4 %) avec 92,6 % de régularité, soutenu par 300 M€ d’investissements, et prévoit près d’1 Md€ supplémentaires entre 2026 et 2028 pour moderniser infrastructures et gares. L’année 2026 marquera aussi l’ouverture à la concurrence des TER avec une hausse de l’offre de 34 %, dans un contexte de réforme du financement et de rattrapage d’un déficit d’investissement accumulé.
  • Obstacles sur les voies, LNPN, étoile de Rouen : Jean Castex à Yvetot pour évoquer les dossiers du rail normand. En visite à Yvetot, Jean Castex a évoqué les principaux enjeux du rail normand, notamment les retards causés par la prolifération des sangliers et les mesures mises en place comme grillages et dispositifs d’effarouchement. Il a également abordé les dossiers structurants, dont la LNPN toujours en discussion et l’ouverture à la concurrence du futur SERM de Rouen, pour lequel quatre candidatures sont en lice.
  • Lyon-Turin : « Ce sont les retards qui coûtent cher ». Le chantier  a franchi un cap avec 20 km de galeries creusés (plus d’un quart du total), l’arrivée de tunneliers permettant d’accélérer fortement l’avancement, tandis que les critiques sur un dérapage budgétaire sont relativisées en raison de l’évolution du projet à deux tubes et des retards accumulés. 

Entreprises

  • La SNCF s’associe à la start-up suisse Sun-Ways pour expérimenter la solarisation entre les rails. Le partenariat porte sur un pilote de centrale solaire amovible installé sur 100 mètres de voie en exploitation à Buttes (Suisse), comprenant 48 panneaux (18 kWc) pour une production annuelle estimée à 16 000 kWh. Jusqu’en 2028, des tests techniques et opérationnels évalueront la compatibilité de cette technologie avec les exigences ferroviaires, afin d’apprécier la pertinence d’un éventuel déploiement sur le réseau français.
  • La SNCF va rénover un tiers de ses TGV. Elle investira 600 M€ pour rénover 104 TGV (81 rames à un niveau et 23 Duplex) d’ici 2027 afin de prolonger leur durée de vie jusqu’à 40-50 ans, moderniser l’aménagement intérieur et augmenter la capacité des Duplex à 550 sièges. Parallèlement, les premiers TGV M, commandés à 100 exemplaires pour 3,5 Md€, entreront en service en juillet 2026 avec deux ans de retard, principalement sur l’axe Paris-Lyon-Marseille.
  • Rénovation du réseau : 100 millions de plus en 2026. En 2026, SNCF Réseau consacrera 3,4 milliards d’euros à la régénération du réseau, soit 100 millions de plus qu’en 2025, avec une trajectoire visant 4,5 milliards annuels d’ici deux ans. Toutefois, le financement à long terme reste à sécuriser, ce niveau d’investissement étant jugé nécessaire pour freiner le vieillissement du réseau sans encore permettre son rajeunissement complet.
  • CMA CGM finalise l’acquisition de l’opérateur britannique de fret ferroviaire Freightliner. L’acquisition des activités intermodales de Freightliner Ltd inclut 10 terminaux, 1,4 million de sillons, près de 2 000 wagons et une importante flotte de locomotives électriques. Les activités non incluses (Heavy Haul Rail et entités européennes) restent indépendantes, cette opération s’inscrivant dans la stratégie de CMA CGM de renforcer ses capacités logistiques ferroviaires et intermodales en Europe.
  • Siemens remporte un contrat ferroviaire de trois milliards d’euros au Danemark. Siemens Mobility et Stadler ont remporté un contrat de 3 milliards d’euros avec DSB pour fournir et maintenir 226 trains express automatisés à Copenhague, avec une option de 100 rames supplémentaires. Siemens assurera les systèmes électriques et la maintenance sur 30 ans, tandis que Stadler fournira les caisses et l’aménagement intérieur ; les premières rames circuleront en 2032 avec des livraisons jusqu’en 2040.
  • Projet de réhabilitation ferroviaire en Syrie avec la Banque mondiale. Le ministre syrien des Transports a discuté avec la Banque mondiale de la réhabilitation du réseau ferroviaire et des opportunités de coopération technique et d’investissement pour soutenir les projets clés de transport en Syrie. La réunion a porté sur des lignes stratégiques, avec études et planification visant à moderniser les infrastructures et soutenir la relance économique.
  • Stadler reçoit une commande pour 35 locomotives de fret en Turquie. Stadler Rail fournira 35 locomotives diesel-électriques EURO4001 à TCDD Tamaclk pour le fret de marchandises sur lignes non électrifiées et pentes raides, incluant pièces, outils et trois ans de maintenance, depuis son usine de Valence (Espagne). Cette commande s’inscrit dans la modernisation du parc turc, alors que le marché du fret ferroviaire se libéralise et que le gouvernement investit pour faire de la Turquie une plaque tournante logistique internationale.
  • L’inquiétude des salariés de Valdunes à Trith-Saint-Léger malgré un nouveau contrat à 3,6 millions d’euros. Les usines Valdunes, détenues par Europlasma, ont signé un contrat de 3,6 M€ avec Metro-North Railroad pour produire 2 300 roues sur trois ans, soit environ 80 roues par mois, dans un contexte de manque de commandes. Syndicats et élus jugent cette commande insuffisante, dénoncent l’absence de soutien de grands clients français et s’inquiètent du financement public promis, encore incomplet.
  • Arta Rail renforce le fret ferroviaire et la logistique multimodale en Asie centrale. L’Asie centrale s’impose comme un corridor stratégique entre le Moyen-Orient, la CEI et les marchés internationaux, où le fret ferroviaire gagne en importance pour sa fiabilité, sa stabilité des coûts et son adéquation aux échanges transfrontaliers. Arta Rail y renforce son positionnement en proposant des solutions ferroviaires et multimodales intégrées, combinant expertise réglementaire, coordination régionale et services logistiques adaptés aux flux internationaux.

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