La sémantique toquée du Rail, partie 1, par Olivier Chamouton

​La passion du rail nait dés le plus jeune âge et se transmet de génération en génération.

Né « dans le chemin de fer, bercé par une locomotive, avec le rail comme oreiller » comme l’écrivait Henri Vincenot, « les fous du rail » n’ont souvent qu’un pas à faire pour rejoindre « la grande famille » lorsqu’il se faut choisir une destinée.

Généralement le savoir, le goût, les réflexes et le « parler cheminot » sont acquis dés le plus jeune âge de père en fils.

(c) Vincenot​

​Des expressions croustillantes et imagées sont nées puis se sont développées pendant deux siècles d’existence, démontrant la richesse et l’humour de nos vénérable aïeux.

Pour conserver ce patrimoine pittoresque, je vous propose de lire ces quelques expressions issues du passé…un petit voyage dans le temps en quelques sorte :

  • A la pointure : on utilise une locomotive " à la pointure" lorsque le temps entre son train d'arrivée et son train de départ est très court. On dit aussi " au chausse-pieds".
  • Aller dans le sable : Dérailler. Jusqu’à la fin du XIX siècle, le ballast des voies était recouvert de sable pour protéger les traverses de l’action de la pluie.
  • A poil : un train est " à poil " lorsqu'il n'y a pas de conducteur pour l'assurer (ou pas de loc). Dans le même ordre d'idée on parle "d'habiller", de "couvrir" un train, ou au contraire de le "dépoiler"
  • Au toucher : Ordre signifiant qu'il faut amener les tampons de l'engin moteur au contact de véhicules ou d'un autre engin moteur.
  • Batterie : succession très serrée de circulations de même type dans le graphique de circulation du régulateur.
  • Bête à chagrin : Se dit de n’importe quel engin avec un carnet de bord rempli d’annotations suivies de la réponse : « voir à son centre de maintenance ».
  • Boîte à ragoût : Wagon restaurant.
  • Bourrer les cacahuètes : désigne l'action de remuer le ballast pour le tasser sous le rail.
  • Bouffer un carré : Ne pas respecter un signal. Parmi les nombreux types de signaux, le carré marque l’arrêt absolu.
  • Bricole : train de desserte allant de gare en gare pour laisser ou prendre des wagons. Réputé pour sa lenteur.
  • Brouter : un train broute lorsqu'il suit de trop près un train dont la vitesse est inférieure à la sienne.
  • Cadavre : engin moteur hors d'état de tractionner qui doit être acheminé pour réparation vers un atelier SNCF.
  • Calé : un train de marchandises est calé lorsque du fait qu'il est "à poil", il ne peut être acheminé. Il reste donc dans le triage, éventuellement immobilisé par une cale antidérive.
  • Changer de bout : sur les locs ou les trains réversibles, quand le mécanicien se déplace dans le poste de conduite opposé.
  • Cornes : pantographes (lever les cornes)
  • Coulé (être) : arriver en retard. On dit aussi "couler" un train.
  • Coupé-queuté : Expression typique employé par les agents mouvement pour dire qu'ils ont dételé des wagons d'un train et remis en bonne place les signaux d'arrière. "C'est coupé-queueté tu peux expédier mon gars !"
  • Crocodile : dispositif placé au pied des signaux et permettant de transmettre à bord de l'engin moteur l'indication présentée par le signal. (Les crocodiles SNCF sont inoffensifs !) Le premier crocodile (Français) fut essayé en 1872, il était installé à 200 mètres en amont du disque et composé d'une pièce de chêne de 4 mètres, préalablement trempé dans l'huile de lin bouillante et recouverte d'une plaque de cuivre jaune. Lorsque le disque était fermé, le crocodile était relié à une source électrique (pile) et déclenchait sur la machine qui le franchissait un sifflet électromoteur, le courant étant capté par une brosse métallique formée de fil de cuivre dur et fixée sous l'engin (roue et rail constituant le retour). Source : Histoire de la signalisation ferroviaire française.
  • Cul de plomb : bureaucrate, agent administratif ou d’une gare, par opposition aux « roulants... »
  • Déboutiquer : bouleverser au dernier moment quelque chose qui était prévu depuis longtemps. Se dit par exemple de la commande d'un agent qui change au dernier moment ou du montage d'un train facultatif.
  • Descendre les valises : Train qui fait un arrêt brutal.
  • Écureuil : Agent d'entretien des caténaires (souvent perché sur une grande échelle)
  • En voiture : un mécano est "en voiture" lorsqu'il voyage en service à bord d'une voiture voyageurs. Le terme officiel étant "haut le pied" pour les ASCT.
  • Envolée de boutique : se dit à propos d'un événement quelconque qui a déclenché une très importante et parfois disproportionnée réaction de la hiérarchie.
  • Excavateur : Se disait d’une machine à vapeur qui brûlait de l’avant, cauchemar des chauffeurs.
  • Faire de la dentelle : Dépasser la vitesse maxi au-dessus du trait de la bande Flaman.
  • Faire des petits : Train qui perd des voitures ou des wagons par rupture d’attelage. Le frein automatique arrête alors non seulement le train, mais aussi chacun des véhicules à la dérive.
  • Faire l’heure : Arriver à l’heure exacte, ni en retard, ni en avance. En somme, la situation courante et normale….
  • Faire la putain : Pour un mécanicien ou un chauffeur : être affecté dans un service de réparation ou de remplacement. Un sérieux déshonneur !
  • Ficelle : Caténaire
  • Fondre un plomb : Faute grave d’un mécanicien qui n’a pas surveillé le niveau d’eau de la chaudière et a provoqué la fonte des plombs de sécurité, laissant l’eau envahir le foyer et éteindre le feu.
  • Fromage blanc : Chef de gare (à cause de la couleur blanche de la casquette)

​De Galoche à Viande ... la suite au prochain numéro 🙂

(​Avril 20​20)